La couche d’ozone a beau montrer des signes d’amélioration, la pollution qui a mené à son appauvrissement continuera de faire de nombreuses victimes: les cas de cancer de la peau sont appelés à doubler d’ici 2015.
Selon un vaste rapport de l’ONU présenté lundi à Montréal, l’augmentation fulgurante des cas de cancer de la peau au cours des dernières décennies est appelée à se maintenir pendant plusieurs années encore.
Dans les pays où la population est majoritairement de peau blanche, comme le Canada, l’incidence de ce type de cancer pourrait ainsi doubler entre 2000 et 2015, a précisé lors d’une rencontre à huis clos Janet Bornman, coprésidente du Groupe d’évaluation des effets environnementaux du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
Les auteurs du rapport se font toutefois prudents dans leurs prédictions, estimant que chaque personne peut avoir une incidence sur l’impact réel qu’auront les rayons solaires au cours des prochaines décennies.
«Ce sont les choix humains liés à l’exposition aux radiations solaires qui détermineront les véritables contrecoups de cette situation», note-t-on dans ce rapport d’évaluation scientifique rédigé par 250 experts internationaux. Publié de façon préliminaire l’an dernier, il a été officiellement présenté lundi aux signataires du protocole de Montréal.
On tient ainsi à préciser que l’exposition au soleil est bénéfique en vitamine D, mais que l’abus des rayons UVB peut au contraire provoquer différents types de cancers (avec ou sans mélanomes).
Comment une telle prédiction est-elle compatible avec une amélioration de la couche d’ozone, telle que rapportée cette semaine lors de la conférence internationale sur le sujet? «Le protocole de Montréal a certainement permis de réduire le problème en limitant l’usage des produits chimiques nocifs, mais le mal est déjà fait», a indiqué en entrevue le docteur Girish Shah, directeur du laboratoire de recherche sur le cancer de la peau au CHUL, à Québec.
Ce spécialiste de la biologie moléculaire fait remarquer que le protocole, qui fête ses 20 ans cette année, ne contribue d’aucune façon à colmater plus rapidement le fameux trou dans la couche d’ozone. Ce dernier se résorbera tranquillement, seul, à condition que l’on réussisse à éliminer les produits dangereux qui l’assaillent, comme les HCFC.
Selon l’ONU, quelques signes avant-coureurs de la reconstitution de l’ozone stratosphérique sont déjà visibles. Mais cela ne signifie pas que la situation est réglée, loin de là.
La couche d’ozone au-dessus des latitudes moyennes pourrait en effet se reconstituer d’ici à 2049, soit cinq ans plus tard que la précédente évaluation faite en 2002, souligne-t-on dans le rapport du PNUE. Au-dessus de l’Antarctique, cela n’aura pas lieu avant 2065, soit 15 ans plus tard que prévu.
Ces tristes nouvelles sont liées à la révision à la hausse des quantités de CFC que renferment les réfrigérateurs actuels, entre autres, et dont une grande partie finira éventuellement par rejoindre l’atmosphère. Elles sont également liées à l’explosion en Chine et en Inde de la production de HFCF, ce produit de remplacement des CFC qui s’est avéré nocif pour l’ozone, le climat et la santé publique.
«Si l’augmentation des rayons UVB se poursuit, nous pouvons être certain que les cas de cancers de la peau suivront la même courbe si nous refusons d’adopter des habitudes plus saines lors de l’exposition au soleil», explique le Dr Shah.
Cela est encore plus vrai pour les enfants, ajoute-t-il, car ceux-ci sont non seulement plus vulnérables aux rayons solaires, ils passent également plus de temps à l’extérieur que leurs parents.
Rappelons que les délégations présentes cette semaine au Palais des congrès tentent de s’entendre sur une déclaration commune qui accélérerait l’abandon des substances appauvrissant la couche d’ozone, particulièrement les HCFC que l’on retrouve dans les systèmes de climatisation et de réfrigération.
Le rapport du PNUE présenté lundi précise d’ailleurs que toute accélération de l’élimination serait bénéfique pour la reconstitution de la couche d’ozone. On soutient que si l’on parvenait à supprimer dès maintenant les émissions provenant de l’ensemble des agents destructeurs de l’ozone, ce dernier se colmaterait dès 2034 (aux latitudes moyennes). On gagnerait ainsi 15 ans.