Résumé
L’évolution naturelle d’une tumeur maligne conduit quelques cellules à s’échapper de la tumeur primitive et à former des métastases, foyers tumoraux secondaires implantés dans des organes distants de la tumeur d’origine. L’acquisition d’une capacité métastatique par les cellules tumorales nécessite un changement biologique qui implique trois ordres de faits : un évènement génétique telle une mutation, l’expression de propriétés cellulaires nouvelles telles la perte de connections intercellulaires, l’initiation d’une angiogénèse, l’augmentation de l’activité protéasique, le gain de motilité, l’altération des réponses aux facteurs de croissance, la perte d’expression d’antigènes permettant d’échapper à la reconnaissance immunitaire, et la constitution d’un écosystème favorisant l’implantation des cellules tumorales dans différents organes. Ces changements sont-ils le résultat d’une altération d’un programme génétique, déterminant la localisation et le comportement des cellules dans un tissu ? L’expression altérée de gènes homéotiques (HOX) dans les cellules cancéreuses suggère cette hypothèse.
Texte
La métastase et l’invasion locale caractérisent les cellules des tumeurs malignes. La métastase est définie par la capacité des cellules tumorales à migrer, à s’implanter dans un site distant puis à proliférer, et l’invasion par la capacité des cellules tumorales d’infiltrer les tissus avoisinants. Les cellules cancéreuses partagent ces capacités à quitter leur tissu d’origine avec quelques types cellulaires non tumoraux. Ces phénomènes sont observés au cours de la migration de lymphocytes vers le thymus chez l’embryon, lors d’une réaction immunitaire chez l’adulte au cours de la migration et prolifération de cellules lympho-monocytaires dans les ganglions, ou au décours d’un avortement lors de l’échappement de cellules trophoblastiques. Cependant, ces événements physiologiques ou physiopathologiques qui aboutissent à la prolifération de cellules dans des sites particuliers obéissent à des signaux d’arrêt du cycle cellulaire, liés le plus souvent à la différenciation (ou à l’apoptose) des cellules concernées. Les cellules tumorales échappent à ces contrôles et prolifèrent dans les organes atteints, formant des foyers secondaires, souvent multiple.
L’évolution d’une tumeur solide maligne telle qu’elle peut être reconstruite à partir de l’évolution clinique semble passer par de multiples étapes. Le modèle de Fearon et Vogelstein (Fearon, 1990) concerne la transformation de la cellule normale en cellule tumorale proliférant localement. Celle-ci est curable grâce à un traitement loco-régional. Mais le modèle de Fearon/Vogelstein n’explique pas la transition de l’état de tumeur primitive celui de tumeur métastatique. Pourtant, une telle étape existe probablement, puisque les cellules tumorales de petites tumeurs sont rarement métastatiques, alors que les tumeurs de taille plus grande le sont, suggérant que cette caractéristique est acquise au cours de la croissance de la tumeur. Transformation puis acquisition de la capacité à métastaser, pourraient être liées à des évènements génétiques différents, l’évènement initial facilitant les évènements secondaires.